ACCUEIL ETHIQUE PRIVILEGES FEMINISME TRAVAIL SEXUALITE ART UTOPIE NON VIOLENCE VIOLENCE EMPOWERMENT MORALE QUI JE SUIS ENFANCE CONTACT


La violence est plus multiple et insidieuse qu'elle n'en a l'air.


J'ai l'intuition de plus en plus prégnante que l'on s'égarerait à considérer que la violence est un concept uniquement associé à l'idée d'une contrainte (plus ou moins forte) transmise d'un sujet vers un autre, aussi bien dans son expression physique (comme on l'imagine le plus souvent) que psychologique. Je voudrais ainsi prendre le contre-pied de cette conception répandue pour tenter d'enrichir notre perception des phénomènes violents. La violence pourrait-elle donc aussi avoir avec une possible construction individuelle, et donc devenir plus maîtrisable pour chacun ? Le fait de prendre un parti pris extravagant, voire moralement choquant, est une attitude intellectuelle que j'adopte souvent dans un but expérimental, ce qui ne remet pas du tout en cause mon éthique personnelle tournée vers l'altruisme. L'idée n'est pas de dire que les contraintes extérieures ne constituent pas une violence pour les individus, mais d'essayer de considérer que le ressenti de cette violence, douloureux ou traumatisant, peut aussi être apaisé par une relativisation individuelle. En effet, je considère que les échanges violents, entre individus ou groupes, agissent et interagissent en permanence, à plusieurs niveaux et échelles, dans le moment présent ou par réaction postérieure, et qu'il est impossible de les considérer honnêtement dans leur totalité (et tenter de vouloir tous à la fois les rationaliser, quantifier, hiérarchiser me semblerait presque intellectuellement dangereux). Pour donner un exemple très parlant, je peux appliquer ce principe d'échanges violents incessants dans les phénomènes d'insécurité urbaine (police/justice contre délinquants/criminels). Il me semblera toujours intellectuellement contestable de ne pas considérer que la violence est toujours (ou quasiment, ne soyons pas dogmatique) une réponse à une autre violence, de quelque forme ou nature soit-elle sans que l'on ne puisse jamais remonter à son ultime origine (soit depuis l'expérience intra-utérine qui commence à fonder la psychologique de tout individu). Autant donc y renoncer et chercher d'autres pistes de réflexion plus constructives et optimistes.

Il me paraîtrait satisfaisant de commencer à regarder de plus près ce que l'on appelle "violence", dont la connotation fait l'immédiate association avec la brutalité et l'agressivité physique. Or, il me semble que la distinction physique ou psychologique de la violence est un égarement. Un exemple concret pour faire comprendre ma position : une agression personnelle violente traumatise bien plus qu'un accident qui aurait produit les mêmes dégâts corporels. La menace ou la volonté d'agression physique, relève du psychologique, et constitue en réalité le seul ressort de cette violence subie. Ce n'est pas la douleur ou le handicap physique qui crée cette souffrance si particulière et bien plus traumatisante chez la victime mais la peur et la dévalorisation de son intégrité physique. Un autre exemple de comparaison : même si l'expérience peut aussi laisser des séquelles psychologiques, on ne se sent pas autant atteint par l'agression d'un animal sauvage que par celle d'un individus (à supposer que les blessures soient de même nature par exemple). En l'occurence, l'animal le plus susceptible de nous attaquer étant le chien, je préfère ne pas le citer dans ma démonstration car la grande majorité des chiens qui attaquent les gens ont été dressés par des humains, il y a un transfert de la volonté d'agresser (ou de contre-attaquer).

Maintenant que j'ai posé les bases de la dimension essentiellement psychologique de la violence, je voudrais pousser la réflexion plus loin et m'éloigner du registre de l'agression physique. J'avais parlé un peu plus haut du phénomène des violences urbaines. Je voudrais donc expérimentalement faire une supposition sur l'origine de la violence "physique" des délinquants et criminels (une violence très visible, et juridiquement qualifiable et condamnable). Si selon ma conception, leur violence en tant que sujet répond à une autre violence dont ils sont les objets, je pourrais imaginer qu'ils seraient les victimes de la violence d'un monde leur faisant comprendre depuis l'enfance qu'il ne peuvent espérer de rôle épanouissant, promis à d'autres. Cette violence, a contrario, n'est pas visible ni juridiquement qualifiable, d'où l'immense difficulté didactique de ce point de vue. La question n'est pas de savoir si les individus délinquants ou criminels peuvent (ou auraient pu) réellement accéder à une vie épanouie dans la légalité, mais de comprendre que leur perception de ce rejet sociétal implicite est l'origine, le moteur de leur comportement désespéré et "violent". C'est pourquoi j'appelle ce qu'ils vivent depuis l'enfance et l'adolescence une "violence". Et même si je sais que cette énonciation peut être perçue comme choquante, je ne fais pas de distinction de nature entre la violence "physique" d'un individu et la violence d'un environnement induisant son rejet. Et il n'est pas audacieux d'affirmer que ce rejet global, diffus, la plupart du temps subtilement hypocrite, mais quelque fois aussi brutal, a souvent pour origine un rejet ou un mépris de classe.

Si les choses commencent à être redéfinis ainsi, que l'on reconnait la souffrance des individus violents, le rôle général d'une société qui leur envoie les pires messages, je pense avoir de très bonnes raisons d'espérer une évolution positive de tous ces conflits sociaux qui semblent incompréhensibles et inextricables pour la plupart des observateurs. Pour prendre un autre exemple très voisin pour illustrer cette incompréhension généralisée, il se pose de plus en plus la question de la santé mentale des individus commentant ou tentant de commettre des actes terroristes. Il est assez regrettable que la plupart des gens interprètent le caractère de "malade" des individus comme relevant non seulement d'une irresponsabilité pénale (suivant à la lettre, soit sans réflexion distancée, la loi qui doit nécessairement arrêter des définitions) mais, ce qui est plus problématique selon moi, comme relevant d'un facteur complètement étranger à toute responsabilité sociétale : "il y a des fous, c'est comme cela". Cette pensée révèle aussi la dangereuse ignorance des sujets psychologiques et psychiatriques chez les personnes non concernées (soit quasiment tous les non professionnels de la santé ou les personnes n'y en ayant jamais été confrontés). Si l'on continue d'ignorer ou de sous-estimer les répercussions de la violence latente ressentie par un individu (peu importe sa responsabilité personnelle dans sa chute, je ne me place pas d'un point de vue judiciaire) sur la détérioration de sa santé mentale et l'altération de ses facultés d'empathie, je pense que le monde n'a pas fini de s'étonner de voir apparaître des phénomènes d'extrême violence aussi déraisonnés qu'injustes, et toujours plus nombreux dans un monde de plus en plus individualiste.

J'ai dit en préambule que la violence pouvait aussi être une construction mentale. Il me semble que c'est dans cette redéfinition partagée des torts, que peut intervenir le principe positive de relativisation personnelle. Si l'on aide les individus à prendre peu à peu conscience qu'ils agissent par rapport à une violence ou une souffrance subies, peut-être ne peuvent-ils pas effacer cette douleur, ou cette contrainte extérieure injuste (car il y en a bien évidemment), mais ils pourraient embrasser cette réflexion comme un espoir inédit face à des situations où ils avaient toujours eu le sentiment de n'avoir aucune autre issue, ils pourraient accueillir une confiance nouvelle qu'ils n'avaient jamais connu, s'interroger, remettre en question leur comportement agressif et destructeur, en comprendre ses répercussions qui ne peuvent que desservir leur existence ou bien impacter celle d'autres qui subiront les mêmes préjugés, et donc alimenter le cercle vicieux. Si la société prend conscience de la nécessité de ce dialogue et de cette ouverture psychologique et émotionnelle, il me semble indéniable que l'on ira globalement, lentement mais sûrement, vers le désamorçage de l'escalade des violences.

Bien évidemment, j'ai pris un exemple particulier, mais je pourrais appliquer mon raisonnement à tous les domaines.